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vendredi 20 janvier 2017

C' EST DEMAIN ! À PALAVAS-LES-FLOTS !

À Palavas, le «Front d’avant» se réunit autour de Jean-Marie Le Pen

À Palavas, le «Front d’avant» se réunit autour de Jean-Marie Le Pen
Jean-Marie Le Pen. Photo Laurent Troude. Libération
L'ex-président du Front national, 88 ans, tient meeting samedi à Palavas-les-Flots (Hérault), et se prépare à parrainer plusieurs dizaines de candidats aux prochaines législatives. 
 

C’était il y a une cinquantaine d’années. Il n’y avait pas de Front national. Et Jean-Marie Le Pen, encore fringant, s’efforçait de rassembler les multiples chapelles de l’extrême droite française, divisées par les styles et les égos plus que par les doctrines.

 Entre rendez-vous discrets et banquets publics, l’ancien poujadiste labourait avec application le marigot nationaliste. 

 De ces efforts finira par naître le Front national — à ses débuts, guère plus qu’un groupuscule parmi d’autres.

Nous sommes en 2017 et tout recommence. Samedi, Jean-Marie Le Pen sera à Palavas-les-Flots (Hérault) pour une réunion publique où l’on attend, selon son entourage, «un petit millier de participants»

Désormais à la tête des Comités Jeanne, une structure de repli créée après son exclusion du FN, le quasi-nonagénaire veut entraîner ses derniers partisans dans une nouvelle aventure : présenter aux législatives plusieurs dizaines de candidats officiellement «labellisés» par lui, et concurrents le plus souvent de ceux du Front.

 Le tout en coordination avec d’autres petites structures d’extrême droite, dont les représentants interviendront aussi samedi. «Il y a un côté reconstitution de ligue dissoute, s’amuse Lorrain de Saint Affrique, bras droit de Jean-Marie Le Pen.

 On retrouve quelque chose que l’on ne croyait pas revoir, le Front d’avant.»

«Question démographique»

Samedi soir, le public édifié entendra ainsi Pierre Vial, du mouvement païen et racialiste Terre et Peuple, membre du FN jusqu’à la scission mégrétiste de 1999 ; Carl Lang, un ancien secrétaire général frontiste, désormais à la tête du petit Parti de la France ; Richard Roudier, patron de la groupusculaire Ligue du Midi ; ou encore, via un message écrit, Pierre Cassen, représentant du mouvement islamophobe Riposte Laïque. 

On écoutera surtout Jean-Marie Le Pen présenter — assis — la charte en quinze points qui conditionnera, pour les futurs candidats, l’octroi du fameux «label». 

Selon l’entourage de l’eurodéputé, le document devrait évoquer «la question démographique, le remplacement de population et les mesures pour le limiter, dans des limites démocratiques, mais fermes. 
Et les libertés économiques, pour trancher avec le programme de Marine Le Pen et Florian Philippot». 

Pour ceux qui le recevront, ce «label Jean-Marie Le Pen» sera leur seul bien, car ils ne recevront pas un euro des Comités Jeanne pour faire campagne. 
«En s’y prenant bien, vous pouvez faire une campagne basique avec 2 000 euros», assure Lorrain de Saint-Affrique.

«Le FN historique, c’est moi»

Ces hussards du «jean-marisme» se recrutent le plus souvent parmis d’anciens frontistes, qu’ils aient quitté le parti il y a quelques mois ou plusieurs années.

 Comme Didier Monnin, qui représente à la fois le Parti de la France et les Comités Jeanne dans le département du Var. «Le boulot, c’est nous qui l’avons fait sur le terrain pendant vingt ans et aujourd’hui, les lauriers sont ramassés par des gens qui viennent tout juste d’arriver», s’énerve le quinquagénaire, qui a quitté le FN en 2010 pour «incompatibilité d’humeur» avec son responsable local, Frédéric Boccaletti. 
Monnin devrait être candidat dans la 4e circonscription du Var en juin. 

Celle de Cogolin et du Luc, deux communes remportées par le FN lors des municipales de 2014. «J’espère bien que je serai un caillou dans leur chaussure, poursuit Monnin. 

Le vrai FN historique, c’est moi qui le représente, en tant que poulain de Jean-Marie Le Pen et de Carl Lang !»

Pour tous les déçus du marinisme, l’adoubement du «Vieux» est une aubaine qu’il s’agit de ne pas laisser passer. 
Pas cette fois — car les dissidents ont encore en travers de la gorge les tergiversation du Jean-Marie Le Pen à l’approche des régionales de 2015, laissant croire puis renonçant à une candidature dissidente contre Marion Maréchal-Le Pen

«On s’est retrouvés orphelins, avoue Didier Monnin. J’étais déçu, mais il y a tellement de liens qui nous unissent que l’on ne peut pas vraiment se fâcher.» 

 Des liens qui résistent même à l’absence de soutien financier de la part de Jean-Marie Le Pen : 
«Le voir financer via son micro-parti Cotelec] le néo-FN de Philippot et pas nous… C’est un paradoxe. Mais nous l’acceptons pour l’amour de notre pays.»

«Une marque mondiale»

C’est que l’ancien président du FN représente à lui seul, par sa notoriété, un avantage en nature : «C’est une marque mondiale, comme Google», s’enthousiasme Lorrain de Saint Affrique, qui promet que Jean-Marie Le Pen ira soutenir les candidats sur le terrain pendant la campagne. 

 L’eurodéputé agit comme un aimant pour tous les déçus qui, ces derniers, ont quitté par centaines le Front national.
 Et parmi lesquels figurent beaucoup d’élus municipaux.

 Didier Monnin ne s’en cache pas : c’est dans leurs rangs qu’il va «faire son marché». Début janvier, on l’apercevait ainsi à une réunion organisée à la Seyne-sur-Mer (Var) par Virginie Sanchez, conseillère départementale FN en conflit avec le parti, et d’ailleurs suspendue de celui-ci. 

L’élue, qui sera présente samedi à Palavas, n’exclut pas de rejoindre les Comités Jeanne, entraînant à sa suite une cinquantaine de militants. 
 «Jean-Marie Le Pen, j’ai un souci avec certains de ses propos mais c’est quand même le fondateur du parti, explique-t-elle. 
Je vais me laisser un mois pour réfléchir.»

 
Dans l’histoire, on finirait presque par oublier que Jean-Marie Le Pen est officiellement président d’honneur du FN, comme l’a récemment confirmé la justice

Contacté par Libération, l’eurodéputé ne voit aucune incompatibilité entre ce titre honorifique et les candidatures qu’il se prépare à parrainer. 

Quant aux scores rachitiques promis à la plupart d’entre elles, ils ne suscitent qu’un haussement d’épaule : «A la présidentielle de 1974, j’ai fait 0,74 % des voix. 
Et je disais à l’époque la même chose qu’aujourd’hui. C’est si vrai, d'ailleurs, que je vais retrouver les vidéos de mes discours et les mettre sur mon site.» 
A la fin, tout recommence.

Source:   https://oeilsurlefront.liberation.fr/actualites