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jeudi 22 septembre 2016

FRANCE: DOSSIER : CONNAÎTRE L' ENNEMI !



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Hassan Al-Bannâ
Petit article de synthèse que je vous propose aujourd’hui – comme quoi, on peut défendre la fraternité et la paix civile dans le pays, et dénoncer les fondamentalistes…

😉
Hassan Al-Bannâ (1906-1949) fut instituteur, professeur de théologie égyptien et imam. 

Il prolongea la synthèse entre le réformisme salafiste et le wahhabisme et reprit à son compte le célèbre nom des combattants Ikhwan des Al-Saoud pour fonder la confrérie secrète des Frères musulmans (« al-Ikhwān al-Muslimūn ») en 1928 à Ismaïlia, en Égypte. 

L’objectif déclaré d’Al-Bannâ était de prendre le pouvoir pour créer le grand califat islamique abolissant les frontières coloniales et rétablissant la loi islamique (« charia ») et le style de vie de l’Arabie au VIIe siècle de notre ère1 .

Durant la Seconde Guerre mondiale, les disciples d’Al-Bannâ avaient établi des contacts avec le roi Farouk2 d’Egypte ainsi qu’avec ses opposants, mais également avec les Allemands et les Britanniques. 

La structure de la confrérie comprenait l’obéissance aveugle au chef et la mise en place d’un organe clandestin et paramilitaire : « l’appareil secret », financé dans les années 1930 par le parti nazi3 .
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Logo officiel des Frères Musulmans
Les Frères musulmans (FM) gagnèrent la sympathie des masses populaires grâce à leurs actions caritatives, financées par de généreux donateurs du Golfe.  
Après 1945, la confrérie réunissait plus de deux millions de partisans en Égypte et le gouvernement du roi Farouk, subordonné des Britanniques, décida d’interdire l’organisation en 1948 pour entraver leur activisme trop subversif, comprenant des assassinats de personnalités politiques4

En réaction, la confrérie assassina le Premier ministre égyptien Mahmoud Fahmi El-Nokrashi, le 28 décembre de la même année. Hassan Al-Bannâ fut tué par la police secrète du régime, le 12 février 19495 .
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Gamal Abdel Nasser
En 1952, le coup d’État des « officiers libres », menés par le colonel Gamal Abdel Nasser (un ancien FM de l’appareil secret6 ) et le Général Mohamed Néguib, renversa la monarchie au profit d’un régime républicain. 
Les FM s’étaient associés aux officiers libres dans ce coup d’État. Nasser, qui avait prêté serment à Al-Bannâ, ne tint pas la promesse qu’il leur avait faite d’islamiser la nouvelle constitution égyptienne et bloqua petit à petit les ambitions de cette confrérie décidément trop ambitieuse. 
Un membre de l’appareil secret, bras armé des FM plus ou moins autonome, tenta de l’assassiner le 26 octobre 19547 , ce qui entraîna une nouvelle vague de répression des FM par Nasser.

L’idéologue des Frères musulmans

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Sayyid Qutb
Sayyid Qutb8 , membre officiel des FM depuis 1953, fut le principal idéologue du courant radical des Frères musulmans. Il prônait le jihad offensif, c’est-à-dire le recours à la violence pour revenir aux sources de l’islam orthodoxe et instaurer un Califat mondial. 
Qutb va notamment inspirer un islamisme groupusculaire radical nommé qutbisme ou encore takfirisme (de la racine « takfîr » : excommunication). 
Son œuvre fut la doctrine principale des FM et la « bible » de tous les mouvements de l’islam radical contemporain : Qutb y donnait une définition stricte de l’État islamique, justifiait l’assassinat de tout souverain musulman et le renversement de tout régime jugé contraire à la loi canonique islamique (« charia »).

L’arrivée du « président croyant » au pouvoir

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Anouar El-Sadate
L’organisation fut interdite jusqu’à l’arrivée au pouvoir du « président-croyant », Anouar El-Sadate, le 28 septembre 1970. 
Ce successeur de Nasser (décédé d’une crise cardiaque) fut aussi un ancien membre des FM. Il proclama une amnistie générale et fit libérer de nombreux militants des FM ainsi que d’autres opposants politiques, afin de peser politiquement face aux communistes et aux nassériens9

Sadate pensait pouvoir contrôler et utiliser les FM à ses fins. Ce fut une grave erreur. 

Derrière le discours officiel des FM, de renoncement à la violence et de compatibilité avec le pluralisme politique, se terrait une bien violente réalité. En effet, dès le début des années 1970, les groupes radicaux armés issus de la confrérie  se multiplièrent et lancèrent des opérations paramilitaires contre l’État égyptien10

Le « président-croyant » fut assassiné le mardi 6 octobre 1981 par des membres du Mouvement du Jihad Islamique (« Gama’at al-jihad al-Islami »), le principal groupe wahhabite d’Égypte, proche des FM, et massivement financé par l’Arabie Saoudite. 

Ce fut le célèbre cheikh aveugle Omer Abdel Rahman, mufti du groupe, qui émit une fatwa autorisant le meurtre de Sadate et de son entourage, en raison de leur politique infidèle à l’islam.

Les Frères musulmans, vecteurs des intérêts anglo-saxons

Le premier contact direct documenté entre des officiels Britanniques et les FM date de 1941, à une époque où les Britanniques considéraient officiellement les FM comme une menace en Égypte11

Dès 1942, Londres finança directement les FM contre le parti nationaliste égyptien Al-Wafd (parti le plus conséquent à l’époque) et les communistes. 

Il semble que les Britanniques ont noué très tôt des contacts réguliers avec Hassan Al-Bannâ, avec lequel ils se réunissaient à l’ambassade britannique du Caire. 

« Le succès des Frères musulmans sur la scène politique égyptienne durant les années 1930 et 1940 n’aurait pu survenir sans l’approbation des Britanniques et leur soutien implicite »12

Selon Le Nouvel Observateur, à cette époque « les Frères musulmans bénéficient d’une aide financière et militaire de la CIA américaine, prête à tout pour affaiblir un pouvoir soutenu par l’URSS »13 .

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Le président Dwight D. Eisenhower s’entretient dans le Bureau ovale avec la délégation des FM conduite par Saïd Ramadan (le second à droite) le 23 septembre 1953

En juillet 1953, le président américain Dwight Eisenhower reçut à la Maison-Blanche une délégation des FM, où fut présent l’éminent Saïd Ramadan, membre des FM depuis 1940. 

Il fut notamment le gendre et l’héritier spirituel d’Hassan Al-Bannâ. 
Homme fort du mouvement, il fut le pionnier des relations extérieures, entre les FM et les gouvernements occidentaux, et le précurseur de la diffusion de l’islam en Europe de l’Ouest et du Nord, avec le soutien des monarchies du Golfe.

« Saïd Ramadan est, entre autres, un agent d’informations des Anglais et des Américains » selon une note rédigée par un diplomate suisse14 . Il semble en effet, le personnage aurait eu des liens privilégiés avec la CIA et le MI-6, évoqués dans de nombreux documents15


La création du réseau européen des FM remonterait à la fin des années 1950 lorsque « Robert Dreher, l’agent de la CIA qui dirigeait l’Amcomlib [ou Comité américain pour la libération, l’organe de propagande de la CIA] de Munich, décida de faire appel à une pointure reconnue de la Confrérie »16 .

Ce fut donc Saïd Ramadan qui se chargea d’organiser la construction de la première mosquée des Frères en Europe, à Munich. 

À partir de lui s’est donc construit un réseau qui se matérialisa à travers l’Union des Organisations Islamiques en Europe (ou Fédération des Organisations Islamiques en Europe) dans les années 1990. 

Cette entité fut à l’origine notamment de la création de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), intégrée en 2003 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, au sein du Conseil Français du Culte Musulman. 

Ce conseil se veut être la principale organisation de représentation de l’islam de France. L’UOIF, quant à elle, est l’organisme le plus influent des FM en Europe et constitue le noyau idéologique de sa doctrine depuis 1983 sur le continent17


Elle dispose d’un réseau important dont des associations (les Jeunes Musulmans de France, la Ligue Française de la Femme Musulmane, etc.), des écoles privées, une soixantaine de mosquées et un rassemblement annuel au Bourget, la Rencontre Annuelle des Musulmans de France18 .
Une grande victoire de la confrérie fut également permise dans un pays colonialement lié au Royaume-Uni, où le premier coup d’État réussi des FM arriva. 

Le putsch de Khartoum19 de 1989 amena le Soudan à être gouverné par le Frère Omar Al-Bashir20 , toujours en place depuis. Et les FM participent actuellement à la vie politique de nombreux pays du Moyen-Orient (Jordanie, Koweït, Tunisie …).

Conclusion

Gardons en mémoire que la très grande majorité des protagonistes de l’islamisme radical wahhabite de notre ère sont issus de la confrérie des Frères musulmans. 


Citons le cheikh Omar Abdel Rahman21 , Oussama Ben Laden, Ayman El-Zawahiri22 , Youssef Qardhawi23 , Khaled Cheikh Muhammad24 , Abou Moussaab El-Zarqawi25 , Abou Qoutada El-Filistini26 , Abou Hamza El-Mastri27 , Omar Bakri Muhammad28 , Abdalmajid El-Zindani29 et tant d’autres. Bien que les FM actuels s’en dissocient, l’actuelle Organisation de l’État islamique réalise le rêve d’Hassan Al-Bannâ, dans leur projet de Grand Califat.

Le corpus idéologique qu’ils partagent est indéniable (hanbalisme, wahhabisme historique, qutbisme/takfirisme, etc.). 

Face à l’intégration certaine de la confrérie dans nos sociétés, il semble essentiel d’appréhender correctement son histoire pour éviter de mauvaises surprises…



Article écrit par Franck pour le site www.les-crises.fr, librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

  1. Chérif Amir, « Histoire secrète des Frères Musulmans », Ellipses Marketing, 2015, p.25 [↩]
  2. Le roi Farouk peinait par un manque de légitimité populaire : il s’appuya sur la religion en s’associant fructueusement avec les FM durant une décennie jusqu’à que les relations se dégradent à partir de 1945, voir Michaël Prazan, « Frères Musulmans : Enquête sur la dernière idéologie totalitaire », Grasset, 2014, p.60. [↩]
  3. Michaël Prazan, ibid, p.41 et Chérif Amir, op.cit., p.34. [↩]
  4. Assassinat du Premier ministre égyptien Ahmed Maher le 24 février 1945, du ministre des Finances Égyptien, Amin Osman, le 5 janvier 1945 (en collaboration avec le futur président Anouar El-Sadate), du juge Ahmed El-Khezendar le 22 novembre 1947 et du préfet de la police du Caire Séliem Zaki le 4 décembre 1948, voir Chérif Amir, op.cit., p.37, 40 et 41. [↩]
  5. Michaël Prazan, op. cit., p.63. [↩]
  6. Nasser quitta la confrérie au plus tard en septembre 1949, voir Michaël Prazan, ibid., p.71. [↩]
  7. Chérif Amir, op.cit., p.70. [↩]
  8. « Sayyed Qutb » http://www.lesclesdumoyenorient.com/Sayyed-Qutb.html [↩]
  9. Michaël Prazan, op.cit., p.167. [↩]
  10. Nous pouvons citer le Mouvement du Jihad Islamique (« Gama’at al-jihad al-Islami »), Excomunication et immigration (« al-Takfir Wal Hijra ») également appelée la Communauté des musulmans (« Jama’at al-Moslemine »), Les rescapés du feu ou Ceux qui ont choisi le bon chemin ne seront pas jetés en enfer (« al-Najoun Men al-Nar »), Les soldats d’Allah (« Jond-Allah »), Les jeunes de Mohamed (« Shabab Mohamed »), Le Groupe Islamique (« al-Gama’a al-Islamiyyah ») ou encore le Parti de la libération islamique (« Hezb l-Tahrir al-Islami ») formé en 1974 pour renverser le régime égyptien conformément à la doctrine de Sayyid Qutb. [↩]
  11. Mark Curtis « Secret Affairs : Britain’s Collusion with Radical Islam », Serpent’s Tail, 2012. Un livre recommandé par le quotidien britannique The Independent www.independent.co.uk/arts-entertainment/books/reviews/secret-affairs-by-mark-curtis-2038691.html. [↩]
  12. Chérif Amir, op. cit., p66. [↩]
  13. « ÉGYPTE. Qui sont les Frères musulmans ? » http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20111201.OBS5814/egypte-qui-sont-les-freres-musulmans.html. [↩]
  14. Pour plus d’information sur Saïd Ramadan, voir le journal de référence de la Suisse romande et francophone : “Quand la suisse protégeait l’islam radical au nom de la raison d’État” www.letemps.ch/opinions/2004/10/26/suisse-protegeait-islam-radical-nom-raison [↩]
  15. « Quand la CIA finançait les Frères musulmans » www.lepoint.fr/monde/quand-la-cia-financait-les-freres-musulmans-06-12-2011-1404368_24.php [↩]
  16. Michaël Prazan, op.cit., p.225. [↩]
  17. Anne-Clémentine Larroque, « Géopolitique des islamismes », Puf, 2016, p.57. [↩]
  18. « Géopolitique du culte musulman en France : des rivalités locales aux enjeux internationaux » www.diploweb.com/Geopolitique-du-culte-musulman-en.html [↩]
  19. Khartoum et son Université Internationale d’Afrique (UIA) ont la mauvaise réputation de servir de centre de formation intellectuelle aux djihadistes africains notamment du groupe Boko Haram, voir « Quand Khartoum “éduque” et islamise l’Afrique » www.lemonde.fr/afrique/article/2015/11/20/quand-khartoum-eduque-et-islamise-l-afrique_4814347_3212.html. [↩]
  20. À partir de cette prise de pouvoir et durant une dizaine d’années, tous les acteurs de la subversion wahhabite allèrent se réfugier à Khartoum : les FM égyptiens persécutés par le régime, les Égyptiens des Gamaa Islamiyyah qui préparaient des attentats contre Moubarak, les militants armés du Groupe Islamique Combattant Libyen, les islamistes somaliens, les militants du FIS algérien, le cheikh Omar Abderrahmane et Oussama Ben Laden, voir Chérif Amir, « Histoire secrète des Frères Musulmans », Ellipses Marketing, 2015, p.13. [↩]
  21. Commanditaire de l’assassinat de Sadate et du premier attentat du WTC en 1993. [↩]
  22. Fondateur du Jihad Islamique en Égypte et chef d’Al-Qaïda après la mort de Ben Laden. [↩]
  23. Frère d’Égypte établi à Doha, principal prêcheur mondial du jihadisme sur al-Jazeera. [↩]
  24. Chef des opérations d’al-Qaïda en 2001. [↩]
  25. Chef autoproclamé d’al-Qaïda en Irak de 2003 à 2006. [↩]
  26. Considéré comme le représentant d’al-Qaïda en Europe, il fut expulsé de Londres qu’en 2012. [↩]
  27. Prêcheur jihadiste à la mosquée de Finsbury Park à Londres. [↩]
  28. Prédicateur jihadiste à la mosquée de Four Feathers à Londres. Relais et soutien du GIA algérien dans les années 1990, puis des volontaires maghrébins pour le jihad après le 11 septembre 2001. [↩]
  29. Inspirateur d’Anour Al-Awlaqi, chef autoproclamé d’al-Qaïda dans la péninsule arabique. [↩]