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samedi 16 juillet 2016

L'HOMMAGE AU LTN ROGER DEGUELDRE À VERSAILLES !


LE CERCLE NATIONAL DES COMBATTANTS DE BRETAGNE ÉTAIT PRÉSENT AVEC SES PORTES-DRAPEAUX 

TEXTE DE NOTRE AMI JOSÉ CASTANO

Lieutenant Roger DEGUELDRE,
martyr de l’Algérie française.
« Le jour où les “fells” entreront à Alger, j’espère trouver trois compagnons pour garder les faces du Monument aux morts et tomber en tirant une dernière salve de PM » (Roger Degueldre)
Né le 19 mai 1925 à Louvroil, dans le Nord, Roger Degueldre, dissimulant son jeune âge derrière un physique impressionnant, entre en Résistance dans le maquis FTP de Roger Pannequin, surnommé “Commandant Marc”. Avide de combattre au plus près de l’envahisseur allemand, il s’engage dans la
10ème Division d’Infanterie Motorisée qui participe à la réduction de la poche de Colmar, en janvier 1945.
La guerre terminée, il s’engage dans la Légion étrangère. Il servira en  Indochine, au 1er Régiment Etranger de Cavalerie, et fera très vite parler de lui. Le 21 janvier 1950, à Tra-Vinh, dans le delta du Mékong, au péril de sa vie, il sauve d’une mort certaine, sous le feu ennemi, le capitaine de Blignières. (Plus tard, Colonel, Commandant le 1er REC). Cette action héroïque lui vaut d’obtenir la Médaille militaire.
La guerre d’Indochine se terminant, déçu, frustré et amer par l’issue des combats, l’adjudant Degueldre – Croix de Guerre des Théâtres d’Opérations Extérieures avec sept citations – (une Palme, deux Etoiles de Vermeil, deux Etoiles d’Argent et deux Etoiles de Bronze), est volontaire pour les parachutistes. Il rejoint le 1er Bataillon Etranger de Parachutistes qui prendra l’appellation du 1er Régiment Etranger de Parachutistes, dès 1955, durant la guerre d’Algérie.
Il participe avec son régiment, en 1956, à l’opération de Suez puis, dès son retour, à la Bataille d’Alger dans le but d’éradiquer les bandes terroristes qui sèment la mort et la désolation dans la ville.
En janvier 1958, il gagne ses galons d’officier au feu, à Guelma, en participant à la bataille des frontières dans l’Est constantinois. Le 26 septembre, il est nommé Chevalier de la Légion d’honneur.
Le temps passant, les atermoiements, les palinodies, les revirements et les reniements de De Gaulle… sur le maintien de l’Algérie dans la France… sèment le doute, la colère et l’amertume dans l’esprit de bon nombre d’officiers. Degueldre en fait partie. Il assiste, impuissant et rageur, à la destruction d’une armée victorieuse et à la livraison de l’Algérie au FLN, rendant vains les sacrifices consentis.
Le 8 janvier 1961, il est muté disciplinairement au 4ème Régiment Etranger d’Infanterie, mais il refuse de rejoindre son nouveau corps. Le 25 janvier 1961, il entre dans la clandestinité et effectue des missions secrètes pour le compte des services spéciaux commandés par le colonel Jacquin.
Fidèle à son engagement « La mort plutôt que le déshonneur ! », il retrouve, dans la résistance à l’abandon, une raison de poursuivre le combat et une justification au serment qu’il a prêté sur le cercueil de son chef, le colonel Jeanpierre : « Plutôt mourir, Mon Colonel, que de laisser l’Algérie aux mains du FLN, je vous le jure ! »
Le 7 avril 1962, il est arrêté à l’issue d’une réunion rassemblant plusieurs responsables de l’organisation. Reconnu, il est aussitôt transféré en métropole et écroué à la prison de la Santé.
Le 28 juin s’ouvre son procès qui n’est autre… qu’une parodie. A cet effet, une juridiction d’exception, la Cour militaire de justice, est créée afin qu’il ne puisse, contrairement au général Salan, obtenir les “circonstances atténuantes” et sauver sa tête.
Le général de Larminat doit la présider. Ancien de l’armée coloniale, il refuse de juger le condamné et déclare : « Je ne serai pas le Fouquier-Tinville de la Ve République. Je me tuerai ce soir ». Dans la soirée, il met fin à ses jours. Qu’importe ! Il est remplacé par le général Gardet.
La justice expéditive gaulliste ne va pas s’arrêter sur un cas de conscience ! En un minimum de temps, après une absence d’instruction et de témoins à décharge, l’officier parachutiste… est condamné à la peine de mort.
Refusant dédaigneusement le recours en grâce présenté par la défense, c’est quelques heures seulement… après le génocide du 5 juillet 1962 d’Oran… qui fit plus de trois mille victimes parmi la population civile européenne… que De Gaulle prend la décision de faire fusiller le lieutenant Roger Degueldre.
Le 6 juillet 1962, à 2h30, les deux défenseurs du condamné, Jean-Louis Tixier-Vignancour et Denise Macaigne arrivent à la prison de Fresnes en même temps que l’avocat général Gerthoffer qui a requis la peine capitale et l’aumônier de la prison. Avant de quitter sa cellule, le condamné prononce, en guise d’adieu, ces dernières paroles :
« Je suis fier de mourir pour tenir le serment qu’a fait tout officier ayant servi en Algérie. Dites aux Algériens que, si je ne suis pas de leur race, n’étant pas né sur leur sol, je les ai beaucoup aimés et je les aime toujours ».
Se tournant vers le procureur Gerthoffer, il déclare : « Je ne vous garde pas rancune, mais je vous plains ».
Puis c’est le départ vers le fort d’Ivry où doit avoir lieu l’exécution. A 3h45, il se présente devant les douze soldats du peloton d’exécution. Il est en tenue de parachutiste, le drapeau tricolore sur la poitrine, drapeau auquel il a tout sacrifié et qu’il a choisi comme linceul. Autour de son cou, il a noué un foulard de la Légion. Dans la poche intérieure de sa vareuse, il y a la photo d’un bébé, son fils qu’il n’a jamais vu. Il a conçu cet enfant dans la clandestinité. Le bébé est venu au monde alors que son père se trouvait dans sa cellule de condamné à mort. « Dites que je suis mort pour la France ! » s’écrie-t-il à l’adresse de son défenseur. Puis il refuse qu’on lui bande les yeux et, attaché au poteau crie : « Messieurs, Vive la France ! » avant d’entonner la Marseillaise.
Les trois premiers officiers désignés pour commander le peloton d’exécution ayant refusé d’accomplir cette sinistre besogne, les capitaines Jean de Balby de Vernon, Michel Cabanes et Michel Martet, du 501ème Régiment de Cavalerie de Rambouillet… sont sanctionnés… rayés des cadres et mis aux arrêts. Les autres officiers, qui ont refusé l’ordre, ont été également sanctionnés.
Il est 3h56. Le sous-officier remplaçant, chef de peloton, abaisse le bras. Les soldats qui doivent exécuter le lieutenant Degueldre, émus par son courage, hésitent à tirer. Douze coups de feu retentissent dans la nuit, mais une seule balle l’atteint… au ventre.
L’adjudant chargé de donner le coup de grâce se précipite, l’arme à la main, pour accomplir sa “mission” et se rend compte que le condamné est toujours en vie.
Sa tâche ne consiste désormais plus à achever un quasi-mort, censé avoir reçu douze bouts de ferraille… mais bel et bien de tuer un vivant. Et ce sont là deux choses bien différentes ! Il en a si terriblement conscience, que sa main tremble, et qu’il tire dans le vide. Livide, désemparé, il recommence une deuxième fois, et rate encore sa cible.
Les défenseurs, voyant que Roger Degueldre souffre atrocement, réclament l’intervention d’un médecin. Celui-ci arrivé sept minutes plus tard, atteste que le supplicié vit toujours. Il faut donc l’achever au plus vite. Et pendant ce temps, Degueldre… à demi recroquevillé continue de gémir.
L’adjudant, toujours tremblant, pointe une nouvelle fois son arme sur la tête de l’officier parachutiste, ferme les yeux et appuie sur la détente. Stupeur ! Rien ne se produit ! L’arme s’est enrayée !
Exaspéré par cette situation – unique dans les annales d’une exécution politique – le procureur Gerthoffer ordonne qu’une nouvelle arme soit apportée. Mais personne parmi les militaires présents n’en possède. Il faut courir en chercher une. Et pendant ce temps, Degueldre est toujours vivant et son calvaire interminable continue !
A partir de ce moment là, tous les juristes s’accordent à dire que la sentence ayant été exécutée… puisque le condamné était encore en vie, il fallait le détacher du poteau et lui donner les soins nécessaires. Autrement dit, on n’avait pas le droit d’achever le blessé ! Mais les ordres étaient formels : Il fallait que Degueldre soit tué. Il incarnait à lui seul la puissance qui avait fait trembler les états-majors, le FLN et l’Elysée… la résistance de l’Algérie française !
Enfin, on remet un pistolet à l’adjudant qui, blanc comme un linge, dans un état second, mais obéissant servilement au commandement de tuer, doit en finir… puisque tels sont les ordres.
Un nouveau coup de feu claque. Stupeur ! Celui-ci est tiré, non pas au-dessus de l’oreille, comme l’exige la procédure, mais dans l’omoplate… Une douleur atroce irradie le corps du supplicié. Il regarde vers le ciel et ouvre grands les yeux.
A 4h08, une nouvelle détonation retentit… et c’est la fin. La boucherie a duré 12 minutes12 atroces minutes !
C’est ainsi qu’après Claude Piegts et Albert Dovecar, Sergent au 1er Régiment Etranger de Parachutistes, mourut, assassiné, le lieutenant Roger Degueldre, également du 1er REP, Chevalier de la Légion d’honneur.
Et les salves du peloton couvrirent un instant les plaintes et les râles qui montaient de l’Algérie, livrée au FLN, tandis que la France en vacances n’entendait rien !
Huit mois plus tard, le 11 mars 1963… le colonel Jean BASTIEN-THIRY, polytechnicien… tombait à son tour à 35 ans sous les salves d’un peloton français.
Le lieutenant Roger Degueldre aura respecté jusqu’à la fin son serment « LA MORT PLUTÔT QUE LE DESHONNEUR ! » Après avoir été enterré au carré des suppliciés dans le cimetière de Thiais, il repose aujourd’hui au cimetière des Gonards, à Versailles, dans cette tombe qui est derrière nous. Il est le symbole éternel d’une armée qui avait militairement gagné la guerre mais qui se fit déposséder de sa victoire par un homme et un pouvoir que l’Histoire jugera demain… Nous, nous avons déjà jugé !