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mercredi 27 juillet 2016

ENNEMI INTÉRIEUR , LES ÉGORGEURS ET LES FINES BOUCHES ! ( CAUSEUR )

 

Ennemi intérieur, la preuve par Saint-Etienne-du-Rouvray

Le pays veut en découdre avec l’islam radical

Elisabeth Lévy
Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.
Publié le 27 juillet 2016 / Politique Religion Société

Des membres de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) dans les rues de Saint-Etienne-du-Rouvray (Photo : SIPA.AP21927272_000022)
Je ne sais pas si mes amis catholiques sont d’humeur, ce matin, à tendre la joue gauche. Mais il est bien possible que beaucoup soient plus belliqueux que ce que recommande leur Dieu, à l’unisson du pays entier. 
 Un prêtre égorgé dans son église, ce crime effroyable hantera longtemps notre mémoire collective. On a vu à cette occasion apparaître dans les commentaires l’appellation « communauté catholique »
Non, les cathos ne sont pas une communauté parmi d’autres, les cathos c’est un peu plus la France que les autres et quand tu t’attaques à mes églises, tu t’attaques à moi. Passons, ce n’est peut-être pas le moment de faire des chichis sémantiques.
Bien sûr, dès le meurtre connu, des hommes de Dieu se sont succédé sur les plateaux pour condamner l’acte odieux, appeler à l’union et à la tolérance et dénoncer par avance les amalgames. 
Comme toujours en pareil cas, sur France Inter et dans quelques autres médias, on a espéré le plus longtemps possible que les tueurs appartiendraient à la catégorie « forcené laïque ». 
Et comme toujours, on a entendu une fois les faits connus et le caractère islamiste incontestable un défilé de témoins essentiellement musulmans, dire que tout cela n’avait rien à voir avec l’islam.
Il est vrai qu’on sent monter dans le pays des humeurs mauvaises dont nul ne peut garantir qu’elles ne se retourneront pas contre un musulman ou contre un Arabe du coin de la rue. 
Et il faudrait être inconscient pour ne pas s’en inquiéter. 
Pour l’instant, en dépit des prières muettes mais assourdissantes de ceux qui rêvent qu’un nouveau Breivik viendra rappeler aux populations que le problème de la France, c’est les fachos, les réacs, l’extrême droite, appelez ça comme vous voulez, on n’a relevé aucun dérapage significatif. Mais le pays veut en découdre avec l’islam radical. 
Et ce n’est pas avec des paroles apaisantes et des appels à faire bloc qu’on va le calmer. Voilà plus d’un an qu’on lui dit qu’il est en guerre. Il veut savoir contre qui il la fait et comment.

Dénégationnisme médiatique

On a raison de le répéter, notre ennemi n’est pas l’islam, tous les musulmans sincèrement horrifiés pour leur pays en témoignent. Mais c’est bien à l’intérieur de l’islam, de l’islam de France (et des autres pays d’Europe), que cet ennemi se développe, se cache, s’abrite. 
Ce n’est pas en taisant cette vérité qu’on protègera les musulmans français du risque d’amalgame qui pèse sur eux, c’est en l’affrontant sans avoir peur d’être traité de ceci ou cela. Les Français ne sont pas en colère à cause des ratés de la sécurité, ils sont en colère parce qu’on leur raconte des bobards. C’est le déni outrancier pratiqué par certains médias au prétexte de ne pas jeter de l’huile sur le feu qui encourage tous les fantasmes. 
Après Nice, on nous a rebattu les oreilles avec les frasques du terroriste : il buvait de l’alcool, il mangeait du porc et il draguait les filles, et même les garçons, il ne pouvait pas être musulman ce gars-là. Pour un peu, nous avions vécu un drame de l’alcoolisme et de la sexualité débridée. 
Ce dénégationnisme médiatique n’apaise pas au contraire, il rend les gens dingues.
Bien sûr, nombre de victimes étaient musulmanes et ils sont des millions, qui font la fête le 14 juillet, ou d’ailleurs ne la font pas, à appartenir sans restriction à la communauté nationale. Mais d’autres, concitoyens ou pas, sont nos ennemis. Il doit être permis de le dire. 
Comme il doit être permis de dire que les musulmans de France doivent maintenant faire leur part du boulot et aider l’Etat français à faire le ménage, par exemple en expulsant d’autorité tous les « forcenés » étrangers qui viennent prêcher la haine de l’Occident dans nos mosquées. 
Encore faudrait-il que l’Etat soit à la manœuvre pour aller débusquer les djihadistes jusque dans les chiottes comme disait l’autre. De ce point de vue, la conclusion d’un accord avec le Maroc pour la formation de nos imams n’est guère encourageante.
Quant aux moyens, quand « tout le monde est une cible et n’importe quoi une arme », comme me le souffle Gil Mihaely, si on ne veut pas que chacun se prenne pour un justicier, tout le monde est à peu près d’accord : il faut passer à la vitesse supérieure. Sur la façon de faire, tout le monde a sa petite idée.
 Et bien sûr, le président aussi.« Nous devons mener cette guerre par tous les moyens dans le respect du droit », a-t-il dit. Faudrait savoir : par tous les moyens ou dans le respect du droit ? Et de quel droit ? De celui qui permet à juge d’instruction certainement très soucieux des libertés de coller un bracelet électronique à un type qui a tenté d’aller faire le djihad en Syrie de sorte qu’il a pu commettre son crime sans enfreindre son contrôle judiciaire ? 
Du droit qui permet à un étranger condamné pour avoir tabassé un automobiliste de rester dans notre pays après avoir purgé sa micro-peine ? Je ne devrais pas évoquer le sujet, car je viens d’entendre que Marine Le Pen demandait le rétablissement de la « double peine » — appellation  qui n’est guère aimable pour les pays d’origine — mais je n’ai jamais compris, même quand j’étais de gauche, pourquoi un pays devrait s’embarrasser à garder sur son sol des délinquants étrangers. 
En tout cas, le débat houleux sur les droits des terroristes condamnés à ne pas être déchus de leur nationalité qui a inauguré l’année paraît aujourd’hui surréaliste. Si nous voulons préserver nos libertés, il va peut-être falloir envisager de prendre quelques libertés avec le droit.
Il y a quelques jours, Le Monde évoquait, pour le démentir mais tout de même, le risque de guerre civile. 
Et chacun répète à l’envi que « c’est ce que veulent les terroristes ». Mais il ne sert pas à grand-chose de nous dire « restez unis les enfants »
Si on veut conjurer le spectre de la guerre civile, le seul moyen est de livrer et de gagner la guerre de l’intérieur.


    • Elisabeth Lévy

      Elisabeth Lévy
      est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

     

     

    Les égorgeurs et les fines bouches

    Les dénégateurs de la barbarie sont toujours de sortie

    Emmanuel Dubois de Prisque
    Chercheur associé à l'Institut Thomas More.
    Publié le 27 juillet 2016 / Politique Société

    Les forces de l'ordre montent la garde devant l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Photo : SIPA.AP21927520_000001)
    La barbarie varie ses effets et frappe aujourd’hui le cœur battant de notre civilisation, celui qui réunit un prêtre hors d’âge, trois bonnes sœurs et deux paroissiens, pour célébrer un matin d’été comme un autre le culte du Dieu vivant. Deux fiers combattants de l’Etat islamique se sont enregistrés pendant qu’ils égorgeaient un vieillard en train de célébrer la messe, et un autre en train d’y assister. Il y a des gens quelque part dans le monde pour se réjouir de ça. Des gens éduqués en France, qui parlent notre langue, partagent des bribes de culture avec nous. Des gens qui fêtent ce genre de chose. Des gens qui se pensent furieusement du bon côté, des gens qui ricanent à l’unisson du sadisme de leurs frères d’arme. Des gens qui ne demandent qu’à recommencer, qui recommenceront demain, aujourd’hui s’ils le peuvent.
    Mais il paraît que ces gens-là ne méritent pas notre haine. Qu’il faudrait vaquer. Continuer d’un air dégagé à tapoter sur nos portables, siffloter dans la rue et lutter contre les violences policières. 
    Célébrer l’Euro de football, le Tour de France et la diversité culturelle. Bref, que le mieux ce serait de faire comme si de rien n’était.Business as usual, circulez braves gens, il n’y a rien à voir, rien à dire, rien à haïr ! Parce que ce serait attiser les braises, et faire le jeu de, et aussi un cadeau aux terroristes, et patati et patata. Et puis peut-être aussi parce qu’on s’en fout un peu. 
    On n’a guère l’âme guerrière : la guerre, la police, c’est des saletés tout ça, des trucs de bourrin, de bas du front qui veulent en découdre, nous on est au-dessus de ces trivialités, pas question de salir les jolies mains qu’on n’a pas, et en plus on sait qui sont les méchants.
    Les méchants on n’en démordra pas, ce sont les petits blancs, les beaufs racistes qui discriminent. On veut des ennemis sur mesure. 
    Des ennemis inoffensifs et bien de chez nous qu’on peut mépriser en toute tranquillité. A l’extrême rigueur, on dénoncera les extrêmes qui s’alimentent l’un l’autre. Nous, on chantera des chansons, on respectera des minutes de silence mais on restera dans le juste milieu, on « refusera l’emballement » comme dit tranquillement après cette horreur l’équanime Cécile Duflot sur Twitter.

    Encore une fois être horrifiée, encore une fois refuser l'emballement. Pleurer les victimes. Laisser les professionnels travailler.

    On sera du côté de la raison raisonnable qui refuse de pencher d’un côté ou de l’autre. Qui est équitablement indifférente. 
    Ah le beau rôle qu’on se donne là ! Les beaux atours de la lâcheté contemporaine ! 
    Tous les extrêmes, contre lesquels on lutte, c’est tout le monde et personne et surtout pas de noms propres! 
    Ce sont les mêmes qui cherchaient des raisons de s’indigner avec Stéphane Hessel qui aujourd’hui font la fine bouche et restent froids.
     On égorge un prêtre et un paroissien octogénaires dans une église en pleine messe, mais il ne faut pas s’emballer ?
    Cependant, tout bien élevé qu’on est, on a ces dernières années couvert d’injures ceux qui sentaient venir ces horreurs, on les a traités d’islamophobes, de racistes, d’ennemis de la République, du genre humain, on a même vu en eux la nouvelle menace qui pointait, et maintenant qu’on ne peut que se rendre compte qu’on s’est planté dans les grandes largueurs, on se pose en gardien des bonnes manières. On prétend raison garder. 
    On se donne le beau rôle du pondéré, de celui qui en pleine tempête garde la tête froide. Après avoir alimenté la violence victimaire de l’islamisme en dénonçant fiévreusement des dangers imaginaires, ventre fécond, bête immonde et peste brune, on prétend s’opposer à la « volonté de guerre des religions », comme vient de le faire Jean-Luc Mélenchon sur Facebook. 
    Faut-il avoir perdu toute décence, tout bon sens, pour dénoncer tout uniment « la volonté de guerre » de l’islam et celle du christianisme dans les circonstances actuelles, quelques heures après ce drame atroce? Il y a des corrections fraternelles qui se perdent.

    Afin de constater à quel point une nouvelle guerre des religions nous guette, on pourra d’abord lire Le Parisien, selon lequel la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray était devenu un foyer de radicalisation islamiste1
    Et en poursuivant sa lecture par une dépêche AFP reprise par Le Point on apprendra que le terrain de cette même mosquée avait été généreusement offert par la paroisse catholique de la ville. 
    Loin de moi l’idée de jeter la pierre aux victimes de ces actes atroces, mais force est de constater que pendant qu’au Moyen-Orient les chrétiens sont massivement persécutés et les églises détruites, ici, la douce et généreuse Eglise de France offre dans sa tendre naïveté et bien malgré elle sans doute, les moyens aux futurs égorgeurs de religieux d’acquérir les bases de leur idéologie mortifère. 
    Le Christ, nous autres catholiques, nous a certes envoyé comme des agneaux au milieu des loups, mais nous a dans un même mouvement conseillé la prudence des serpents…
    Faut-il mettre un bracelet électronique au diable ? Proposer un programme de « déradicalisation » à un barbare ? « Enfermer tous les suspects »? Face au diable, rendez-nous les prêtres exorcistes. 
    Face aux barbares, rendez-nous Churchill et De Gaulle. Face aux suspects, préservons l’état de droit mais donnons–nous aussi les moyens d’une pleine et radicale lucidité. Apprenons à connaître vraiment notre ennemi et combattons-le jusqu’à ce qu’il soit hors d’état de nuire à la France et aux Français, pour l’amour qu’on lui doit malgré tout, on verra plus tard. 
    En attendant, les tristes apôtres de la tête froide, ceux qui ont toujours eu tout faux, ne nous priveront pas de nos émotions. Et s’il est bien sûr bien difficile de ne pas se laisser aller à haïr les barbares, il est presque aussi difficile de ne pas céder à la colère contre tous les dénégateurs de la barbarie
    Et on se demande d’ailleurs pourquoi, sinon par respect des enseignements d’une Eglise qu’ils méprisent tant, il faudrait n’y pas céder.
    Colère à l’encontre de tous ceux, ils sont nombreux, qui ont traité d’islamophobes ceux qui voyaient monter ce qui arrive aujourd’hui, qui leur ont collé au visage la plus infamante des étiquettes, celle du raciste, tout en nous chantant l’égale nocivité ou l’égale bénignité, c’est égal, de toutes les religions. 
    De tous ceux qui font semblant de croire que le problème aujourd’hui c’est la violence policière. 
    La violence policière ? Voici donc le temps des héros à deux balles qui dégoulinent de trouille respectueuse devant la racaille, mais brandissent comme des médailles les deux baffes qu’ils se sont mangées par des policiers à bout de nerfs chargés de leur sécurité. On ne peut que se demander encore une fois ce qui est advenu du sens commun en notre douce France, lorsque la doxa s’indigne de deux baffes malheureuses et de trois charges un peu rudes de la police, de cette même police que des dingues lynchent et tuent, alors que des dizaines, peut-être des centaines d’autres dingues sont en liberté et cherchent à organiser des meurtres de masse. 
    Il est difficile vraiment de ne pas se laisser submerger par la colère à l’encontre de ceux qui refusaient, qui refusent, de voir ce qui nous tombe dessus, qui incitent à haïr ceux qui nous protègent et à excuser ceux qui nous persécutent. 
    Qui relativisent la barbarie islamiste comme d’autres en leur temps ont tout fait pour s’accommoder de la barbarie nazie plutôt que de risquer une nouvelle guerre, et qui ont eu, on le sait, et la guerre et le déshonneur.
    1. La question de savoir si c’est la mosquée du coin, Internet ou quelque autre jolie facette de la modernité française qui est responsable de la « radicalisation » et surtout du passage à l’acte de ces combattants de l’EI pourra paraître oiseuse, mais tandis que la machine à déni s’est mise en place (« Adel Kermiche n’a jamais fréquenté notre mosquée » répètent fidèles et responsables religieux locaux, « agacés » les pauvres qu’on puisse oser leur demander des comptes après cette horreur), RTL nous apprend que ce brave garçon il y a deux mois parlait à ses coreligionnaires « à la sortie de la mosquée », « de se faire une église ». Personne parmi tous ces braves gens n’a semble-t-il daigné le prendre au sérieux. On leur accordera notre pardon, quand ils nous le demanderont.