Ecrivain, journaliste
Son blog
 

La fondation iFRAP s’est lancée dans un audit de ce que l’on pourrait appeler, selon l’angle choisi, le tonneau des Danaïdes, le rocher de Sisyphe, les écuries d’Augias : les logements sociaux !
Le résultat, bien que poliment énoncé, est sans ambiguïté : la politique dans le domaine est trop coûteuse, inefficace et nuisible pour le secteur privé locatif.
Quarante milliards d’euros annuels sont dépensés, soit 2,3 % du PIB, c’est-à-dire deux fois plus que chez nos voisins européens. 
Les logements sociaux représentent 17 % du parc total, contre 5,3 % en Italie et 4,6 % en Allemagne.
Et entre blocage des loyers, réquisition des logements vacants, préemption d’immeubles et injonction faite aux communes d’en augmenter le nombre, la tendance n’est pas franchement à la baisse… le dernier chantier emblématique étant, bien sûr, la « cession » à un bailleur social – annoncée il y a quinze jours par Manuel Valls et Anne Hidalgo – de 14.000 m2 dans l’îlot Saint-Germain, ancien siège de l’armée de terre, afin d’y créer 400 logements au cœur d’un arrondissement (le VIIe) jusque-là récalcitrant.
Toujours plus nombreux, ils n’épongent pas pour autant la demande, qui a augmenté de 80 % en 13 ans.
 Les propositions faites ne convenant pas aux candidats (40 % de refus), et les locataires « sangsues » pouvant rester à vie sans que ne soit réévalué leur changement de situation. 
Avec, comme si cela ne suffisait pas, le constat, en zone urbaine, que les locataires les moins favorisés sont en réalité majoritairement logés… dans le privé.
Un privé qui, siphonné par le fisc, assommé par les règlements, privé des aides dont bénéficient les bailleurs sociaux, n’a pas le moral.   Et c’est un euphémisme.
Le processus est, en réalité, toujours le même : une apparence de bonne intention – qui nierait qu’en nombre raisonnable et bien gérés, les logements sociaux sont une nécessité ? -, galopant dans une course folle, aveuglée par les œillères de l’idéologie, dopée par la détestation de ce qui ne rentre pas dans ses partis pris.
Car il faudrait, pour dégonfler l’hydre énorme, faire jouer la subsidiarité, favoriser l’accession à la propriété – par exemple, en facilitant la vente des logements à leurs occupants -, et puisqu’il est denrée rare, appâter un peu le propriétaire plutôt que l’accabler, sans systématiquement le considérer (iconographie socialiste oblige) comme un rentier fumant barreau de cigare, plein aux as et âpre au gain, cherchant à affamer le péquenaud.
Dégoûter les propriétaires porte d’abord préjudice aux locataires, comme (mutatis mutandis) écœurer les médecins nuit en premier lieu aux patients. 
Préserver les uns protège, somme toute, les autres.
Un propriétaire savait déjà l’occupant indélicat quasi indélogeable. Il est un fait que l’on divorce plus facilement d’un conjoint qui s’accroche que d’un locataire. 
Frileux… parce qu’échaudé, le propriétaire s’entoure de mille précautions ubuesques, allant jusqu’à réclamer une caution parentale (comment font donc les orphelins ?) à de grands garçons quadragénaires chargés de famille, et un montant de salaire quatre fois plus élevé que le loyer.
La loi Duflot, en généralisant le préavis de départ d’un mois jusque-là réservé aux mutations professionnelles, a encore déstabilisé le propriétaire, finissant de le convaincre de cesser de placer dans la pierre… cet investissement matraqué et mal aimé parce que, sans doute, trop enraciné.
http://www.bvoltaire.fr/gabriellecluzel