Colonel à la retraite
 
Depuis vendredi, les souverainistes savourent le Brexit ad libitum. Nous avons récemment eu la fausse joie de l’élection autrichienne. 
Alors, quoi de plus normal que de fêter une victoire nette et sans bavure. Il paraît même que les fonctionnaires de Bruxelles, rapportait samedi Le Parisien, sont écœurés : les pauvres ! 
Une ambiance du genre : marquis poudrés qui se serrent les uns contre les autres sous les lambris en entendant la populace qui gronde en bas, accrochée aux grilles de la cour dallée. Vous voyez le truc.
On aurait presque de la compassion pour eux : des fois qu’avec ce Brexit ils aient à pointer au chômage dans les mois qui viennent, ce qui est toujours mieux que de terminer la tête au bout d’une pique !
Mais attention aux lendemains de fête. Car, en effet, il ne faut pas négliger la capacité de résilience du système. 
Deux pièges sont en train de se mettre en place pour contenir la vague souverainiste ou, pire peut-être, la capter, notamment dans notre pays à l’approche dangereuse des élections : la peur et la contrefaçon.
La peur, tout d’abord. Au moment où j’écris, ça tourne en boucle sur les conséquences dramatiques pour le Royaume-Uni, la chute de la Bourse étant en quelque sorte annonciatrice de lendemains qui vont déchanter pour la plus que jamais perfide Albion.
 L’Angleterre va retourner aux pires heures de Dickens, c’est évident, on vous le dit et répète. 
Et voilà que les Écossais rappellent aux Anglais que, souvent dans leur histoire, ils ont plus regardé vers le continent qu’en direction de Londres… Bref, les Brits vont trinquer sec !
Décrire par le menu les tourments qui attendent, dit-on, le Royaume-Uni n’a pas pour but de ramener à la raison les Britanniques. Trop tard. 
Le condamné est sur l’échafaud, que le bourreau accomplisse son œuvre, avec lenteur et précision mais vite. Non, il s’agit de frapper d’effroi les bons peuples qui vont assister au supplice imminent, afin de leur passer pour longtemps le goût du sacrilège.
 La dramatisation n’ayant pas réussi à dissuader les Britanniques de voter pour le leave, elle pourrait bien être payante dans les mois qui viennent pour les européistes, notamment en France à l’approche des élections, pour mater cette incongrue jacquerie.
Cette peur, les François Hollande et Alain Juppé vont l’utiliser à fond. Ainsi, les vieux ont voté en masse pour le Brexit en Angleterre, nous disent les médias ? 
En France, il n’y a pas de vieux mais des seniors – comme Alain Juppé -, et ces seniors votent en masse. 
Alors, nul doute qu’ils vont faire l’objet de tous les discours anxiogènes possibles et imaginables, tout en les flattant néanmoins : ces ringards d’Anglais sont out
Vous, vous êtes in, vous faites de l’aquagym et lisez Le Monde, L’Obs et toutes sortes d’autres choses !
Le second piège, c’est la contrefaçon. Et là, il faut bien reconnaître, nous avons un orfèvre en la matière, un braconnier de première bourre. 
Je veux parler de Nicolas Sarkozy, qui y va d’ores et déjà dans la surenchère souverainiste : je vous invite à consulter les tweets résumant son intervention de vendredi. 
Plus souverainiste que Nicolas Sarkozy, désormais, y a pas ! 
Avec, bien entendu, le petit coup de menton sur fond presque bleu marine : « L’heure est à la lucidité, à l’énergie et au leadership. » 
 Un petit anglicisme, certes passé dans notre langage courant, mais qui, pour l’occasion, sonne curieusement…
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