Journaliste, écrivain
 
En ces temps de disette où les pompes à essence sont à vide, alors que les cerveaux du personnel politique français sont encore loin d’avoir fait le plein, une question se pose : pourquoi cet étonnant silence du Front national ?
Bien sûr, Marine Le Pen aurait pu céder aux ancestraux réflexes de l’extrême droite ou de la droite extrême. 
Stigmatiser les gréviculteurs cégétistes et les agitateurs de Nuit debout, punks à chien et autres gauchistes ébouriffés.
 Mais non, la donzelle persiste à faire de la politique, non plus pour « témoigner » mais pour gagner. D’où cette assez jolie opération en cisaille. Explications.
D’un côté, un coup à droite, avec cette déclaration sur RT France, filiale hexagonale d’une sorte de CNN à la russe, tel que rappelé hier par notre confrère Georges Michel, colonel à la retraite n’ayant donc rien d’un anarchiste hirsute, d’assurer que la seule candidate à l’élection présidentielle persistant à abolir, une fois à l’Élysée, la loi Taubira pour la remplacer par un PACS amélioré, demeure… 
Marine Le Pen, alors que les zigotos de Sens commun ont déjà déserté en rase campagne.
De l’autre, un autre coup à gauche. 
Soit ce communiqué mariniste, pas véritablement officiel, puisque publié sur son blog personnel,carnetsdespérances.fr et non pas sur le site officiel du Front national :« Je vois partout la colère monter et je suis inquiète pour l’avenir de mon pays.
 Grèves, blocages, pénurie d’essence : le pays est entré dans une spirale de tensions sociales qui inquiètent tout le monde. 
Autant le préciser d’entrée de jeu : le gouvernement porte l’entière responsabilité de la situation d’exaspération que connaît la France. »
Et encore un coup à gauche : « Responsabilité de la situation d’exaspération que connaît la France. 
Bien sûr, certains représentants syndicalistes, qui ne représentent qu’eux-mêmes et qui sont toujours aux abonnés absents quand il s’agit de combattre les vrais problèmes (en l’occurrence, l’obsession ultra-libérale bruxelloise), portent une lourde responsabilité dans le chaos que connaît aujourd’hui le pays. 
Ils mettent en difficulté nombre de salariés et d’entreprises en désorganisant les transports et en installant un tel chaos en France. »
Et un dernier à droite, pour la route : « Mais c’est aussi et surtout de la faute du gouvernement si la vie de nos compatriotes, les services publics et l’activité économique de notre pays se retrouvent dans cette situation délétère de blocage et de tensions.
 Par son entêtement à faire passer une loi Travail qui ne ravit que l’ex-UMP, le président Hollande et le Premier ministre Valls, le gouvernement brutalise les rapports sociaux et agresse les Français.
 Rappelons à quel point cette loi précarisera le travailleur français, affaiblira la PME face à la grande entreprise et dégradera encore nos comptes sociaux au détriment de notre capacité à financer les retraites et toutes les politiques de solidarité. »
Chapeau… Si les sondages continuent de dire vrai – ce qu’ils font souvent, mais pas toujours -, Marine Le Pen devrait concourir au second tour de l’élection présidentielle contre Alain Juppé, chouchou de la gauche (on rêve…). 
Il lui faudra donc aller chercher, avec les dents, quelques voix de cette « vraie droite », éternelle arlésienne de la vie politique française, mais surtout gagner celles de gauche, autrement plus déterminantes.
Ce qu’elle fait actuellement, avec un instinct ne pouvant qu’évidemment forcer l’admiration des commentateurs politiques les plus blasés, dont bibi.
Source:  http://www.bvoltaire.fr/nicolasgauthier/258939,258939?