Fausse agression antisémite à Marseille et vraie campagne d’intoxication

 

On n’aborderait pas le sujet sur ce site consacré à la Palestine si en France les organes supposés représentatifs de la communauté juive ne consacraient en permanence leur temps et leur influence à la défense sans nuance de la politique d’Israël plutôt qu’à celle des intérêts moraux et matériels de la dite communauté.
Ainsi, le 19 novembre de l’année dernière – soit juste après les attentat contre le “Bataclan” et plusieurs établissements à Paris – un enseignant marseillais de l’école juive Yavne, âgé de 58 ans, a été hospitalisé “en état de choc et avec des plaies superficielles à l’arme blanche au niveau des bras et des jambes”.
L’intéressé, qui avait été retrouvé par ses enfants assis par terre au bas de son immeuble, dans le 13eme arrondis­se­ment de Marseille, avait expliqué que trois hommes portant un T-shirt orné d’un emblème de « Daech » lui avaient tenu des propos antisémites en lui montrant des photos de Mohamed Merah sur un téléphone portable.
 Après lui avoir donné des coups, ils l’auraient “tailladé” avec un couteau sur l’abdomen et les membres inférieurs et supérieurs.
Aussitôt ce professeur d’histoire, Tzion Saadoun, était devenu une vedette des médias. Son histoire fut en effet évidemment exploitée pour démontrer que le climat d’antisémitisme a atteint en France un niveau catastrophique et stigmatiser ceux qui sont d’office supposés en être les coupables, sans même qu’il soit nécessaire de les désigner explicitement.
La chaîne de télé israélienne pro-gouvernementale i24 News, qui est propriété du franco-israélien Patrick Drahi – 3ème fortune de France – lui consacre immédiatement une “édition spéciale”. 

On apprécie le titre affiché à l’écran : «Un professeur d’une école juive poignardé par trois individus» (alors que l’intéressé avait exhibé devant les photographes de très légères égratignures sur son abdomen).
N’ayant passé qu’une nuit à l’hôpital, Tzion Saadoun avait accordé des interviews à la chaîne israélienne, et forcément aussi à Radio Judaica. 
Mais elle est mystérieu­sement devenue inaccessible via le web…
A chaque fois l’enseignant, qui se disait “choqué par la détermination” de ses agresseurs, jouait les sages :  «La méconnaissance est la meilleure épice pour nourrir la haine», répétait-il à l’envi.
Comme de bien entendu, toute la classe politique, jusqu’à François Hollande (qui dans ce domaine comme dans d’autres se situe dans la continuité de Nicolas Sarkozy), ainsi que la communauté musulmane, avaient apporté leur soutien à la pauvre victime d’une odieuse agression antisémite, dont les auteurs ne pouvaient évidemment qu’être musulmans, très probablement arabes.
Oui mais voilà, faute de preuves pouvant corroborer le scénario présenté par Tzion Saadoun les enquêteurs de la sûreté départementale, chargés d’abord de trouver le trio maléfique et antisémite, ont rapidement eu des doutes.
«D’abord les blessures font un peu rigoler si l’on peut dire, et ensuite les constatations médico-légales qui ont été effectuées ne collent pas à ce qu’il raconte, tout comme d’autres examens qui ont été réalisés au cours de ces semaines d’investi­gations», a glissé l’un d’entre eux à un journaliste d’un quotidien régional.
Interrogé dans les locaux de la police mercredi, Tzion Saadoun a été placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête pour « dénonciation mensongère« .

Pas une première, loin s’en faut

La liste des agressions antisémites imaginaires exploitées à des fins de propagande dans les médias, directement ou indirectement au profit d’Israël, est déjà longue.
Une simple énumération, sans entrer dans les détails ni surtout prétendre à l’exhaustivité, suffit à le démontrer :

1- Le 13 octobre 2000, en direct de Jérusalem, où il s’est rendu pour assister à une fête religieuse, le grand rabbin de France Joseph Sitruk s’exprime sur l’antenne de France Inter et déclare :
«Nous avons appris que [dans une école juive de Paris] des jeunes gens avaient été poignardés, six précisément. L’un d’eux est décédé des suites de ses blessures. C’est extrêmement grave. C’est la première fois qu’un juif est assassiné en France depuis la guerre, parce qu’il est juif et uniquement parce qu’il est juif ».
Une rapide enquête de police démontrera que ces soi-disant agressions n’ont existé que dans l’imagination du Grand Rabbin, que le journal «Le Monde» parviendra néanmoins à présenter comme «une victime». Une victime de la rumeur qu’il a lui-même propagée avec une légèreté inqualifiable. Il ne fut poursuivi ni pour propagation de fausses nouvelles ni pour incitation à la haine raciale…

2- Janvier 2003 : le rabbin Gabriel Farhi est agressé à l’arme blanche, vers 16h30, alors qu’il était seul dans une synagogue de la rue Piéton, dans le 11èmearrondissement de Paris. Hospitalisé, il rentre chez lui le soir même. Une lettre anonyme revendique l’agression, et la motivation antisémite est évidente. L’auteur de la lettre revendique d’ailleurs un incendie qui s’était produit dans la synagogue en 2002. Les experts avaient attribué la cause de l’incendie à un court-circuit électrique, mais ce devait être un court-circuit antisémite puisque l’auteur de la lettre anonyme l’affirmait.
Jacques Chirac manifeste publiquement son émotion et sa solidarité, et le rabbin Farhi bénéficie d’une protection policière permanente. D’ailleurs le Ministre de l’Intérieur, un certain Nicolas Sarkozy, n’a pas de mots assez durs pour condamner l’agression. Lors d’une cérémonie à la synagogue, la classe politique et le tout-Paris se pressent : Sarkozy, Delanoë, Jack Lang, Juppé, Balladur, Fabius, Guy Béart, l’archevêque Lustiger, le recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, …

Quelques jours plus tard, les indices s’accumulant, les enquêteurs concluront que le rabbin s’est auto-mutilé et a inventé de toutes pièces l’agression. Mais il faudra 5 ans à la juge d’instruction pour refermer le dossier sur un non-lieu.

3- En novembre 2003, un violent incendie ravage un restaurant casher à Aubervilliers. Il s’agit d’un incendie criminel, et sa portée antisémite n’est mise en doute par personne, du moins dans les médias. Les policiers qui enquêtent, eux, arrivent vite à la conclusion que l’auteur de l’incendie est l’exploitant du restaurant et qu’il s’agit d’une tentative d’escroquerie à l’assurance.

4- Le 10 juillet 2004, une jeune femme affirme avoir été agressée dans le RER D, la veille à 23h.
Selon elle six jeunes gens, tous Maghrébins ou Africains, s’en sont pris à elle, ont déchiré son T-shirt, lui ont infligé de légères blessures à l’arme blanche, et lui ont dessiné des croix gammées sur le ventre avec un feutre. Ils lui ont volé de l’argent et une carte bancaire, et ayant découvert qu’elle réside dans le 16ème arrondissement, en auraient déduit à tort qu’elle était juive, et lui auraient tenu des propos antisémites…
L’affaire connaît un retentissement médiatique énorme, largement amplifié par les déclarations des hommes politiques : Jacques Chirac manifeste «son effroi» tandis qu’une ministre très liée à la communauté juive vante «le courage, la dignité et la lucidité» de la “victime”.
Le député UMP du 16ème arr., Claude Goasguen fait directement le lien avec Israël en déclarant : «Le mélange d’anticapitalisme et d’antisémitisme rappelle furieusement un passé tragique et honteux de la France. Il est grand temps que les pouvoirs publics prennent conscience que dans la politique du Moyen-Orient, Israël n’est pas forcément le coupable de tous les maux. Tous ceux qui en sont conscients doivent modérer leur discours sur Israël.»La presse se déchaîne. Les policiers, quant à eux, sont très étonné de ne trouver aucune trace de la “bande de loulous de banlieue” décrite par la plaignante sur les images des nombreuses caméras de surveillance des gares de la ligne du RER D et de ne trouver aucun témoin des faits. 
Et pour cause : l’enquête démontrera que la jeune femme a tout inventé.
Il s’agit d’une mythomane qui avait déjà déposé plainte à six reprises dans le passé pour des agressions imaginaires, mais on n’en avait pas parlé dans les médias, car elle ne leur avait alors pas attribué de caractère antisémite.

5- Août 2004 : le Centre social juif de Paris 11ème, situé rue Popincourt, brûle et on découvre que les murs sont couverts d’inscriptions antisémites. Le Président de la République Jacques Chirac, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le maire de Paris Bertrand Delanoë, … toute la classe politique française se presse au chevet d’une communauté juive traumatisée. Le président du CRIFdénonce «le laxisme de la Justice» et le «sentiment d’impunité» qui règne selon lui parmi «les antisémites de tous bords» (de tous bords, quoi qu’il soient des ennemis d’Israël, la chose est sous-entendue)…
Une semaine plus tard, il apparaît que l’auteur de l’incendie volontaire est un marginal qui occupait un studio prêté par un rabbin du Centre social juif de la rue Poppincourt, et qui était sur le point d’en être expulsé. Aucune dimension antisémite ou idéologique quelconque à son acte.

6- Septembre 2014 : quelques jours après la réouverture du Musée Juif de Bruxelles, théâtre d’un attentat ayant fait 4 morts en mai, un incendie criminel se déclare dans la synagogue d’Anderlecht (Bruxelles). Les dégâts sont limités. En 2010, la synagogue avait déjà été frappée par des incendiaires. Si le président de la communauté juive d’Anderlecht a la prudence de ne pas se prononcer à propos des auteurs, dont il doute qu’ils aient obéi à des motivations antisémites parce qu’ils n’ont pas cherché à incendier des livres saints, d’autres font preuve de moins de retenue.
Réactions parmi d’autres : « Tout acte de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie n’engendre que des sentiments d’exclusion, de haine et est contraire au vivre-ensemble, véritable ciment de notre démocratie », déclare Isabelle Simonis (PS), ministre de l’Égalité des chances de la Fédération Wallonie-Bruxelles.Joël Rubinfeld, lobbysiste pro-Israël bien connu et président d’une officine de propa­gande nommée “Ligue Belge contre l’Anti­sémi­tisme” (LBCA) : « L’emballement des actes antisémites en Belgique observé ces derniers mois souligne l’urgence qu’il y a à intégrer ce combat dans le prochain programme gouver­nemental. La lutte contre l’antisémitisme doit plus que jamais devenir une véritable cause nationale« .
 
Un homme suspecté d’être l’incendiaire (ses empreintes digitales avaient été relevées sur les lieux) fut arrêté en janvier 2015, inculpé d’incendie volontaire nocturne d’un immeuble occupé, puis remis en liberté en août. 
La pres­se se montra remarquablement discrète, et d’antisémitisme il ne fut miraculeusement plus question.

7- En février 2015, de nombreuses voitures en stationnement dans le XVIèmearrondissement de Paris sont taguées du mot «JUIF» en grande lettres blanches. Il apparaîtra que ces actes de vandalisme en apparence antisémites sont le fait d’un couple de retraités qui cherchait à se faire attribuer un appartement par la Régie Immobilière de la Ville de Paris.
Il n’est certes pas question d’affirmer que ces affaires disparates font partie d’un plan concerté, d’un quelconque «complot». 
Mais il est certain qu’à chaque fois elles sont l’occasion pour une partie de la classe politique et la plupart des médias, de se livrer à une propagande insidieuse avec l’espoir que cela serve d’une manière ou d’une autre les intérêts d’Israël, tantôt en favorisant l’émigration juive, tantôt en entretenant un climat d’hostilité envers les musul­mans, le monde arabe et plus généralement ceux qui osent s’opposer à la politique colonialiste israélienne.
Luc Delval – 24 février 2015