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vendredi 29 janvier 2016

LE RÉFENRENDUM DANS L' ENTREPRISE ! UNE BONNE IDÉE ?

Le référendum en entreprise qui neutralise les syndicats, une bonne nouvelle ?
Oui, le syndicalisme français est détestable. Moribond, il ne représente plus que 7 % des salariés et 2 %, seulement, des salariés du secteur privé.







 L’idée lancée par Myriam El Khomri sur le référendum dans l’entreprise représente, quelques jours après la condamnation des cégétistes de Goodyear à de la prison ferme pour séquestration, une sorte de deuxième clou enfoncé dans le cercueil du syndicalisme français, sans doute le pire d’Europe avec son voisin wallon.
Oui, le syndicalisme français est détestable. Moribond, il ne représente plus que 7 % des salariés et 2 %, seulement, des salariés du secteur privé. 
Il vit aux crochets de l’État puisque seuls 30 % de ses ressources proviennent des cotisations de ses membres, le solde étant financé par le contribuable. 

Surtout, il est illisible dans ses positionnements ou dans les étiquettes des vieilles centrales, et surtout inefficace, voire nuisible, dans son action.

Chaque DRH de France constate qu’à 95 % il a en face de lui des « establishments » syndicaux avec des élus et permanents qui ne travaillent plus depuis longtemps, qui défendent des clientèles et des réflexes d’un autre âge, mais que le droit français place souvent au centre de processus de décision qui nécessitent pourtant agilité et rapidité pour les entreprises, surtout lorsqu’elles sont en difficulté.
Notre Code du travail et notre jurisprudence sociale sont ainsi faits que le pouvoir de nuisance confié à quelques irresponsables, conjugué à d’interminables délais de justice, amène une insécurité juridique majeure qui, bien plus que le coût du travail, est le principal frein à l’investissement des entreprises industrielles en France, ce que confirmeront toutes les directions financières du monde.
Alors oui, la proposition El Khomri est une bonne proposition puisqu’elle permet la prise d’une décision collective malgré les blocages de syndicats irresponsables.
Pour autant, si la disparition des dinosaures du syndicalisme est une bonne nouvelle, l’attrition considérable du pouvoir de représentation des salariés n’en est pas une. 

Comme le dit Jean-Dominique Senard, patron de Michelin et qui s’y connaît en dialogue social, « l’effritement d’un corps intermédiaire n’est jamais une bonne nouvelle ».   Il a raison.
L’exemple par Robert Badinter, 88 ans
Car la violence de la vie économique ne va pas s’atténuer et il est bon qu’existent aussi dans l’entreprise des pouvoirs d’équilibre. 
Car, la nature ayant horreur du vide, ce que l’entreprise ne captera pas via un système de représentation connu et maîtrisé, elle le perdra au bénéfice d’autres groupements, d’autres logiques, d’autres fidélités.
On pourrait déjà citer pas mal d’entreprises de main-d’œuvre dans lesquelles le syndicalisme affaibli et décrédibilisé a laissé la place à un « islam social » qui crée du lien dans l’entreprise. Et là, pour le patron, commencent les angoisses. 
Car l’Oumma, c’est autre chose qu’une centrale syndicale, et lorsque le guide spirituel est à l’extérieur, on ne le convoque pas comme on pouvait le faire avec son bon vieux délégué syndical central.
L’autre aspect inquiétant de la perte d’influence des syndicats – et c’est la limite des mesures libérales -, c’est le remplacement des structures collectives par la logique très anglo-saxonne du contrat. 

Certains think tanks libéraux nous expliquent d’ailleurs que toute une série de négociations devraient pouvoir se signer au niveau de l’entreprise, voire du contrat de travail.  
Exit, donc, les branches ou les conventions collectives, avec leur vertu d’amortisseurs des enjeux et leur lien naturel avec l’intérêt général, fût-il sectoriel.
Il faut donc raison garder et ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Se débarrasser des structures épuisées, vermoulues ou corrompues par les années, sans doute. 
En profiter pour « faire du passé table rase » et laisser finalement face à face le patron, dirigeant de l’entreprise, et le salarié, entrepreneur de lui-même, que ne relient qu’un simple contrat, me paraît être, à terme, une destruction psychologique et morale somme toute pire que celle du syndicalisme français.
L’entreprise est et doit rester une extraordinaire et belle aventure collective, porteuse de sens, de conquête, de dépassement et de fierté. 
Elle ne peut se résumer à une somme de « deals » individuels autour d’un contrat de travail. Parce qu’elle est aventure collective, elle doit aussi générer ses propres instances de régulation.
C’est sans doute un des autres drames de notre syndicalisme dégénéré que de reculer sans cesse le moment où nous pourrons inventer les nécessaires nouveaux modes de représentation des salariés et de dialogue social.
Bd Voltaire