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jeudi 30 juillet 2015

LU, VU ET ENTENDU

Le "Philippot dégage !" des lépénistes du sud

Les derniers soldats de Jean-Marie Le Pen s'organisent pour concurrencer les listes régionales du FN en PACA. Et tirent à tout va au risque d'égratigner Marion Maréchal-Le Pen.

 Jean-Marie Le Pen Florian Philippot (c) Sipa Jean-Marie Le Pen Florian Philippot (c) Sipa




Dans sa voix résonnent plusieurs décennies d’admiration pour Jean-Marie Le Pen. La décision en appel vient de tomber : il n’y aura pas de congrès du Front national  pour supprimer  le statut de président d'honneur accordé au fondateur du parti. 

Au bout du fil, Jean-Louis Bouguereau, Le vice-président du groupe frontiste au conseil régional, exulte : "Il est maintenant indéboulonnable, la donne est en train de changer". 

 Son rêve ? Que Jean-Marie Le Pen prenne la tête de la liste pour les régionales en décembre prochain. Le menhir a jusqu’à présent laissé planer le doute sur sa candidature. "Je vois des amis, je consulte", a-t-il répété plusieurs fois, n’hésitant plus à porter des coups à sa petite-fille Marion Maréchal-Le Pen.

Des listes "parallèles" 

Jean-Louis Bouguereau, lui, en est persuadé, le patriarche sera de la campagne. Il imagine même qu’il pourrait déclarer sa candidature lors des universités d’été à Marseille, le premier week-end de septembre. "Marion avait promis d’écouter les conseils de son grand-père et le lendemain elle déclare : ‘Je ne serai pas l’otage de Jean-Marie Le Pen’ !", retrace-t-il avec amertume.

Depuis le conseil régional, la vieille garde s’organise. Le vice-président du groupe et une bonne partie des conseillers régionaux sortants affûtent leurs couteaux et assurent préparer des listes dans chaque département. 

Dans les Alpes-Maritimes, "la liste est prête", claironne Lydia Schénardi. 

"Marine Le Pen dit toujours qu’elle veut redonner la parole au peuple et bien le peuple s’exprime !" Pas question, pour cette ancienne membre du bureau national, de parler de dissidence. 

Elle préfère parler de candidatures "parallèles".  
Sur les rangs : 18 élus du département des Alpes-Maritimes, dont 15 conseillers municipaux notamment de Grasse, Beausoleil ou encore Cagnes-sur-mer. 

Deux nominations qui ne passent pas 

Face aux frondeurs, un homme a été investi officiellement dans le département : Olivier Bettati, symbole pour Marion Maréchal-Le Pen de "l’ouverture" puisqu’il est ancien conseiller général et adjoint UMP de Christian Estrosi. 

Une belle prise pour la députée frontiste si elle ne fédérait pas contre elle certains élus et militants. "Il cherche juste une tribune contre Estrosi, il ne restera pas au FN !", peste Lydia Schénardi. "C’est une erreur grossière", abonde Jean-Louis Bouguereau. 

A les écouter, les militants refuseraient même de coller ses affiches. Difficile pour ceux qui ont passé des années à moquer les parachutages de l’UMP et du PS d’accepter d’en faire les frais au sein de leur propre formation.

Olivier Bettati minimise l’impact de "cette minorité certes très agissante". La majorité des sympathisants frontistes a bien compris selon lui l’intérêt "d’élargir l’assiette". L’ex-UMP n’hésite pas non plus à pointer "un problème générationnel". 

Pas vraiment inquiet, il ne doute pas que le temps fera son travail.
C’est pas parce qu’on crie au début de l’été qu’on ne trouve pas de voie à l’automne."
Mais il prépare tout de même la contre-attaque avec un appel d’élus "pour leur dire : il y'en a marre !".
Un autre choix imposé par Paris a contribué à durcir le climat : celui du nouveau secrétaire départemental : Marc-André Domergue, ancien UMP au Front national depuis seulement quelques mois.

 Ecoeuré par cette nomination, un autre candidat au poste, Julien Clos, conseiller municipal du Cannet, en a déchiré sa carte. "Je refuse de participer au suicide de notre fédération", explique-t-il. 

Lui ne sera pas de la fronde, il confirme son soutien à Marion Maréchal-Le Pen. Ce n'est d'ailleurs pas à l'héritière Le Pen que les coups sont portés la plupart du temps.

 Mais Julien Clos partage avec les autres le même dégoût face au spectacle que livre aujourd’hui la famille Le Pen. "Une trentaine de personnes autour de moi ne veut plus militer et beaucoup ne renouvelleront pas leur carte", explique-t-il.

Tous contre Philippot le "mélenchoniste"

Tous pointent du doigt le même responsable : Florian Philippot. Coupable selon eux d’avoir poussé Marine Le Pen à l’irréparable. Ce qui a valu à deux d’entre eux une suspension du parti : Laurent Comas et Jean-Louis Bouguereau, qui avaient tous deux demandé la démission du vice-président.
Les Tunisiens ont dit Ben Ali dégage, en Paca, nous disons Philippot dégage !", maintient plus que jamais Jean-Louis Bouguereau.
"C’est un peu la Gestapo chez nous !", regrette, très sérieusement, Lydia Schénardi à propos de ces deux suspensions. L'élue n’hésite pas non plus à taper sur ce dirigeant "gauchisant et mélenchoniste".
Réponse de Florian Philippot sur France Info : "Tout ça n'a pas beaucoup d'importance, cette page est largement tournée. 

Jean-Marie Le Pen fait partie du passé..." Un passé qui, jusqu'à preuve du contraire, ne passe pas ! 


Estelle Gross    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20150729.OBS3376/le-philippot-degage-des-lepenistes-du-sud.html