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samedi 4 avril 2015

LE LIVRE DU WEEK-END : CEINTURE ROUGE, BANLIEUE ROUGE !


CEINTURE ROUGE, BANLIEUE ROUGE  - Un livre pour plonger dedans

CEINTURE ROUGE, BANLIEUE ROUGE


Un livre pour plonger dedans




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Banlieue : le terme fait souvent l’objet d’une équivoque. Il désigne le lieu autour de la ville soumis à sa juridiction, à son ban – et non pas le lieu de la relégation. 
Mais l’équivoque ne porte pas que là-dessus. Elle porte sur la perception de la banlieue. 
Chose étonnante : cela ne fait guère que 110 ans que le terme « banlieue » est employé couramment.  Jusqu’en 1914, on parle encore des faubourgs pour ce qui était au-delà des « fortifs », les limites du Paris administratif actuel.

Les banlieues furent d’abord le lieu des usines, puis celui des barres et des tours d’HLM. Elles sont en partie devenues le lieu d’immeubles de bureaux aussi vitrés que sinistres et aseptisés. 

 Elles restent avant tout le lieu de résidence des populations immigrées, pas assez aisées pour vivre dans la capitale, dont sont chassées aussi toutes les couches populaires françaises d’origine.

Des usines aux barres, et des barres aux bureaux c’est cette histoire que raconte Alain Rustenholz. L’auteur explore les identités changeantes mais fortes des communes d’une certaine banlieue. Laquelle ? Celle juste autour de Paris, celle comprise entre l’ancienne ligne des « fortifs  », l’actuel « périph‘ » et la ligne des forts. 
En d’autres termes, la première couronne.

La méthode de l’auteur est de mêler les éléments d’histoire urbaine avec la prise en compte des atmosphères, des chansons, le passé le plus ancien et les métamorphoses les plus récentes. Arrêtons-nous sur un élément essentiel. 
Quand Louis-Philippe et Thiers construisent la ligne des fortifs, vers 1840, elle ne colle pas à la ville existante, elle est au-delà. Ainsi, ces fortifs anticipent sur l’extension future de Paris, et sur l’annexion de tout ce qui est en deçà des fortifs sous Napoléon III, en 1860. 
Quand les fortifs sont détruites après 1918, on peut penser que Paris, qui a annexé une partie des communes de banlieue dès 1860, va en annexer l’autre partie et intégrer ainsi la première couronne autour de la capitale. Paris va-t-il aller jusqu’aux forts ? Cela ne se fait pas. Car il est alors question, dans les années trente,  d’une autre hypothèse : celle, déjà, d’un Grand Paris, étendu à tous le département de la Seine, soit 80 communes autour de Paris (un peu moins que les 3 départements actuels autour de Paris qui comptent quelque 120 communes). 

 C’est le projet de Grand Paris du socialiste SFIO Henri Sellier. L’occasion perdue de l’extension de la capitale a des conséquences lourdes. Toute cohérence d’ensemble est oubliée. La ligne des fortifs devient non pas une ceinture verte mais l’affreux périphérique. 
Les métros ne sont pas prolongés bien loin, ils ne vont pas au-delà de la ligne des forts (sauf à Créteil). 
Une coupure s’installe et s’agrandit entre Paris intra-muros et la banlieue.
 La suppression du département de la Seine, en 1964, et l’identification du nouveau département 75 et de la ville même de Paris aggrave le fossé entre Paris et la périphérie. 
 Paris devient une ville musée, sans industrie, sans artisans.

L’auteur s’est concentré sur la première couronne. Il a voulu ainsi ne pas se disperser dans l’immensité de la banlieue. Il s’est par là même concentré sur les anciennes banlieues et non sur celles qui ne sont nées que dans les années 1960. On ne trouvera pas non plus dans sa plongée historique et sociologique des villes d’anciennes banlieues (d’anciens faubourgs) non limitrophes de Paris (tel Arcueil, Saint-Cloud, etc). 
Les villes de l’ancienne Seine et Oise sont bien sûr hors des monographies de communes. L’auteur  a aussi fait le choix de cibler une réalité humaine et politique spécifique. C’est pourquoi il s’est concentré sur les communes qui furent Front populaire en 1936 (en incluant le cas particulier de Saint-Denis). 

Passionné et passionnant, le tour des communes limitrophes à Paris d’Alain Rustenholz permet de croiser le Dr Destouches, Marcel Gitton, Jacques Doriot, Robert Francotte, Maurice Thorez, Georges Gosnat et bien d’autres figures. 
Les luttes politiques sont vues de l’intérieur du camp de la gauche.
 Ce n’est pas dans ce livre que l’on trouvera une précision sur le caractère aucunement fasciste du Parti social français. Ce n’est pas l’objet du livre.
 Son propos était de montrer comment les événements politiques et sociaux  étaient vécus par le camp de la gauche et de son point de vue. 

Dans ce cadre, l’ouvrage est impeccable. Il ne peut que passionner tous les gens qui ont connu et connaissent ces communes de la très proche banlieue, Ce livre fait d’ores et déjà référence.

 D’Ivry à Clichy et de Saint-Ouen à Charenton, éd. La Fabrique, 356 pages, 20 euros.


Source et publication:   http://metamag.fr/metamag-2807-CEINTURE-ROUGE--BANLIEUE-ROUGE--Un-livre-pour-plonger-dedans.html