Il vend sa voiture pour financer son premier film

Vin Diesel n'a pas choisi le plus court chemin pour devenir acteur. Pour boucler les fins de mois, il est obligé de travailler comme videur de boîte de nuit au Tunnel, un des hauts lieux de la vie nocturne new-yorkaise. Le jour, il enchaîne les auditions. On lui répond : "Vous êtes trop blanc", "Ah, ça ne convient pas, vous êtes trop noir pour ce rôle."

Ces multiples désillusions donnent naissance à un film, Multi-facial (1994), un court métrage de 20 minutes décrivant la galère d'un acteur au chômage. Tourné en trois jours, financé par la vente de sa voiture, Multi-facial se fraie un chemin jusqu'à Cannes, où il est ovationné par une salle debout.
Mais sa carrière ne décolle pas. De retour aux Etats-Unis, il vend pendant huit mois des produits de bricolage pour économiser les 50 000 dollars nécessaires à son nouveau projet : Strays, sélectionné au festival de Sundance 1997, la Mecque du cinéma indépendant américain. Le film retrace le parcours d'un dealer qui cherche à donner un sens à sa vie. Le budget est réduit au minimum, Vin Diesel cumulant les casquettes de réalisateur, producteur, acteur, compositeur... et cuisinier - sa spécialité ? Les pâtes bolognaises. "J'avais entendu dire que des réalisateurs avaient vendu leur film un million de dollars à Sundance. Je pensais pouvoir acheter une nouvelle voiture", confie Vin Diesel au magazine Variety (en anglais)

Las ! Aucun distributeur n'achète Strays. De retour à New York, fauché, il pense repartir pour un job alimentaire. Soudain, son téléphone sonne. Steven Spielberg est au bout du fil. 

Il refuse un rôle à 20 millions de dollars 

Le célèbre réalisateur a vu son court-métrage, et lui propose un rôle pour son prochain film, Il faut sauver le soldat Ryan

 Même si son personnage meurt assez rapidement, l'acteur se fait remarquer. Et empoche au passage le plus gros chèque de sa jeune carrière. "J'ai gagné 100 000 dollars sur le tournage. D'un seul coup, j'ai enfin eu les moyens de souscrire au régime social des acteurs, pour avoir une assurance santé", confie-t-il à MovieFone (en anglais).

Sa carrière est lancée. Les succès s'enchaînent (Fast & Furious, xXx, Pitch Black) mais Vin Diesel ne dévie pas de son chemin. "Sur le tournage du Soldat Ryan, Tom Hanks m'a dit que la carrière d'un acteur se construit entre 30 et 40 ans", confie l'acteur à USA Today (en anglais). Vin Diesel évite soigneusement les faux pas : il refuse 20 millions de dollars pour apparaître dans le deuxième volet de Fast & Furious, faute d'un scénario digne de ce nom. "Mon père, qui est fondamentalement pour la redistribution des revenus, l'égalité salariale, etc., m'a demandé : 'Tu es sûr de ce que tu fais ?'

" Les projections test sont catastrophiques. Universal supplie alors Vin Diesel de faire un caméo à la fin du film, pour pouvoir écrire son nom en gros sur l'affiche. L'acteur se fait prier, et accepte, à deux conditions. "En échange, ils m'ont donné le contrôle de deux franchises. La première, Fast & Furious, qu'ils pensaient ne plus jamais avoir à produire. 

Et Riddick [la suite de Pitch Black] dont ils ne voulaient plus jamais entendre parler", jubile Vin Diesel dans le Los Angeles Times (en anglais)

L'acteur américain Vin Diesel, lors du festival de Deauville où il était venu présenter le film "Find me guilty", le 6 septembre 2006.
L'acteur américain Vin Diesel, lors du festival de Deauville où il était venu présenter le film "Find me guilty", le 6 septembre 2006. (JEAN-PAUL PELISSIER / REUTERS)

"Vin Diesel se regarde à l'écran et s'embrasse les biceps"

Sa mère, astrologue, n'a jamais voulu faire son thème astral. Elle a quand même consigné quelques prédictions pour l'avenir de son fils sur un cahier. 

Le jeune Vin Diesel n'avouera que bien plus tard à sa mère qu'il les a lues. S'il ne les a jamais révélées, l'acteur a une confiance absolue en son étoile. "Je suis de New York. Tous ceux qui sont de là-bas ont une carte cool, à vie. Comme Robert de Niro." L'acteur se remet sans difficulté de deux faux pas.


Le premier, Baby Sittor, l'histoire d'un homme nounou face à des gamins insupportables, est balayé d'une phrase dans le New York Times (en anglais) : "J'ai tourné dans ce film juste parce que mes nièces et mes neveux, qui ont tous moins de neuf ans, voulaient voir Oncle Vin dans un film."

Le second, Babylon A.D., l'adaptation du pavé de science-fiction de Maurice G. Dantec par Mathieu Kassovitz, tourne au désastre. Très rapidement, le metteur en scène et l'acteur principal ne peuvent plus se supporter.

 Kassovitz veut faire un film métaphysique, Diesel, un film d'action. Le tournage, qui s'éternise, est perturbé par les huissiers envoyés par le studio pour contrôler les dépenses.

 Le réalisateur français voue depuis une rancune tenace à l'acteur : "Au début du film, il y a une scène d'action, où on le voit en train de manger. Le mur derrière lui explose et des types avec des rayons laser entrent, décrit Kassovitz dans une interview à Nice Matin.
  Et il me dit : 'Je ne peux pas, j'ai une famille, je ne peux pas prendre de risques.' Le premier jour de tournage. Je me suis retourné vers le chef cascadeur, je lui ai dit 'What the fuck ?'" Vous avez dit "chochotte" ? 
Dans So Film, huit ans après la sortie du film, Kassovitz n'a toujours pas digéré : "Le mec n’est capable de rien. Il se regarde sur l’écran et il s’embrasse les biceps." 

Les propos de Kassovitz ne franchiront pas l'Atlantique. La cote de Vin Diesel est intacte.

"Un romantique dans un corps de gorille"

Sous les pectoraux, Vin Diesel a un petit cœur qui bat. "Je me vois comme un romantique vivant dans un corps de gorille", ironise-t-il dans le New York Times. Il multiplie les projets. Une comédie musicale avec Nicole Kidman ne voit pas le jour. Son reboot de Riddick avec ses propres moyens, oui. "C'est un fan qui m'a dit : 'Nous voudrions vraiment voir un Riddick, mais interdit aux moins de 17 ans. Nous serions prêts à payer 10 dollars chacun. 
Je pense que nous sommes assez nombreux pour que ce soit viable'", confie Vin Diesel au Hollywood Reporter. Il ficelle un budget à 38 millions de dollars (deux tiers de moins que le précédent opus) et pour cela hypothèque sa maison. "Si le tournage n'était pas allé à son terme, j'étais SDF", observe-t-il. 


La mort de Paul Walker, avec qui il partage l'affiche de la saga Fast & Furious, lui porte un coup terrible, fin 2013. Après trois semaines de pause, il faut retourner devant la caméra et enchaîner les scènes d'action comme si rien ne s'était passé. 

Il raconte à Variety (en anglais) une scène de poursuite en voiture face à Jason Statham : "A l'écran, j'étais censé être en mode tueur. Mais je venais d'utiliser trois boîtes de mouchoirs pour pleurer. Je me sentais très mal. J'ai toujours été le genre d'acteur que les collègues respectent. Je n'y arrivais pas. Mon nez coulait, mes yeux étaient chargés de larmes."


Reste son Graal : adapter au cinéma l'épopée d'Hannibal (le général carthaginois qui a fait trembler l'Empire romain avec ses éléphants, pas le cerveau de l'Agence tous risques). Avec des acteurs s'exprimant dans les langues de l'époque. 

Un studio a chiffré le budget à 217 millions de dollars, autant dire l'assurance de ne jamais rentrer dans ses frais, relève le Guardian


N'empêche. Vin Diesel y croit toujours. "Je veux faire mon propre Braveheart. De la même manière que Mel Gibson a dû devenir assez bankable pour que les studios donnent leur feu vert à son film sur un mec qui se balade en jupe, je dois devenir bankable."


Source et publication:  http://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/gros-biceps-maison-hypothequee-et-pates-a-la-bolognaise-la-face-cachee-de-vin-diesel_864237.html